Manger « bio »
permet-il de diminuer
le risque de cancers ?

Non, il n’y a pas de preuve scientifique qui indique qu’une alimentation « bio » réduit le risque de cancer par rapport aux recommandations nutritionnelles générales pour la prévention de la maladie dans la population générale.

Service de salade
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L’origine de l’infox

Fin 2018, le principal résultat d’une vaste étude française a largement été relayé, de manière simplifiée, dans les médias : « la consommation de produits « bio » réduit le risque de cancer de 25 % »1,2,3,4.

Pourquoi est-ce une infox ?

Menée sur près de 70 000 personnes volontaires pendant 4 ans, l’étude est très sérieuse. Durant la période de l’étude, 2,2 % des personnes qui ne consommaient pas ou très peu d’aliments « bio » ont développé un cancer, contre 1,6 % chez les plus grands consommateurs de «bio». En fait, une étude de ce type peut montrer une coexistence mais pas affirmer un lien de causalité. Elle doit d’ailleurs être lue avec attention pour comprendre les éléments qui conduisent à ce chiffre global.

Par exemple, la méthodologie utilisée manque de précision notamment sur la quantité et la fréquence des aliments «bio» consommés. De même, la participation à cette étude, qui faisait appel à des volontaires, a été majoritairement le fait de femmes dont les comportements pourraient être plus sains que ceux de la population générale, et donc moins à risque de cancers.

Les auteurs soulignent eux-mêmes les limites de l’étude et détaillent des différences importantes dans les résultats en fonction de la localisation du cancer.
Au total, les preuves ne sont pas suffisantes pour conclure avec certitude que manger « bio » réduit le risque de cancers1,2,3,4.

Par contre, des liens ont effectivement été constatés entre l’exposition professionnelle à des pesticides par exemple chez les agriculteurs, bien plus forte que celle qui peut être liée à notre alimentation, et l’augmentation du risque de certains cancers. Mais jusqu’à présent, aucun lien n’a été démontré entre des traces de pesticides dans l’alimentation et l’apparition de maladies.

Pourquoi cette infox est-elle dangereuse ?

Les possibles bénéfices de la consommation de produits « bio » sur la santé, qui restent encore à démontrer, ne doivent surtout pas faire oublier que certains facteurs de risques nutritionnels de cancer sont bien établis, comme une alimentation trop importante en alcool, en viande rouge ou en charcuterie, même « bio » !

En effet, chaque année, 19 000 cas de cancers sont attribuables à une alimentation déséquilibrée. Plus largement, 40 % des cancers par an pourraient être évités en limitant son exposition aux principaux facteurs de risque : la consommation de tabac, la consommation d’alcool, mais aussi le surpoids et le manque d’activité physique4,5,6.

La recommandation fondée sur les preuves scientifiques

Le bénéfice aujourd’hui prouvé d’une alimentation « bio » est son impact sur l’environnement. Vous pouvez évidemment consommer ces produits, toutefois pour réduire le risque de cancer, ce qui est aujourd’hui démontré, c’est de :

  • limiter la consommation d’alcool, de « fast-food » et de produits transformés, de viande rouge et de charcuterie ;
  • consommer des aliments riches en fruits, légumes frais mais aussi secs, et des céréales complètes ;
  • maintenir un poids « santé » (sans surpoids ni obésité) : l’alimentation de type « fast food » est ultratransformée. Elle peut être responsable d’une surcharge pondérale pouvant provoquer une augmentation du risque de cancers. C’est le cas également pour la consommation de boissons sucrées. Il est donc conseillé de limiter ce type d’aliments.

Il est également préconisé de ne pas fumer, d’éviter la sédentarité et de pratiquer 30 minutes d’activité physique par jour.

À retenir

Il est démontré scientifiquement que le changement de nos habitudes permet de réduire le risque de cancers, ce qui n’est pas encore le cas de la consommation de produits « bio ».

Sources
1  Baudry J, Assmann KE, Touvier M, Allès B, Seconda L, Latino-Martel P, Ezzedine K, Galan P, Hercberg S, Lairon D, et Kesse-Guyot E, Association of Frequency of Organic Food Consumption with Cancer Risk, Findings from NutriNet-Santé Prospective Cohort Study, JAMA Intern Med. 2018 Dec 1;178(12):1597-1606.
2  Site Web INCa (MAJ 20/06/14): Les pesticides : https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Environnement/Les-pesticides.
3  Site Web Institut national du cancer : Alimentation (MAJ 05/12/2019) : https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Alimentation#toc-pas-d-aliments-anticancer-.
4  Site Web Institut national du cancer https://www.e-cancer.fr/Actualites-et-evenements/Actualites/Y-a-t-il-moins-de-cancers-chez-les-consommateurs-d-aliments-bio.
5  Centre international de recherche sur le cancer Lyon : Les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine, 2018.
6  Site Web Réseau NACRe : Dossier « Nutrition et prévention primaire des cancers » https://www6.inrae.fr/nacre/Prevention-primaire.

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